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Les distributions : le lieu.

 

La distrib' "coté Salam"

Moment de la journée prisé par les photographes et journalistes.

Deux files, deux lignes d’hommes se mettent en mouvement tous les midis et tous les soirs de la semaine.

Ces files je ne les mettrais pas en photo, je ne les ai pas en photo.

Par choix. Pourquoi ?

Simplement parce que les migrants n’aiment pas cette situation, ils ont honte.

« Honte de quémander, honte d’être dans cette posture d’infériorité. »

Ils n’aiment pas être pris en photo, filmés dans cette situation qui est selon eux la plus humiliante de leur condition de vie.

Je trouve important de montrer ce qu’il se passe mais il est aussi important de les respecter, d’échanger avec eux et de prendre en compte leurs sentiments, leurs choix.

La distribution est peut-être ce qui m’a le plus marqué, interpellé cet hiver.

Le lieu est en lui-même deshumanisant, lorsque l’on rentre par la grande entrée nous arrivons sur une grande cour de béton entourée de murs surmontés de barbelés et d’un grand grillage laissant les indiscrets policiers nous surveiller, nous épier.

Au sein de l’esplanade deux petits bungalows, un pour l’association du midi, un pour l’association du soir, à coté des quels naissent un chemin de tôle où doivent se « ranger » les migrants.

Faire la queue, la ligne est indispensable pour le maintien de l’ordre.

En effet, lorsqu’une multitude d’ethnies se rencontrent à cet endroit précis, le lieu devient une cocotte sous pression.

Le simple fait de doubler peut générer une bagarre et au vu des conditions de vie des migrants, leur état de fatigue, de colère, les histoires entre individus.. Une bagarre peut vite dégénérer en rixe géante.

Rigueur et fermeté sont donc nécessaires pour éviter tous débordements.

Cet alignement de chaussures, de jambes, d’hommes à l’intérieur d’une place telle que celle-ci est surprenant.

La première image qui m’est venue en tête est la photographie d’un livre d’Histoire de 3ème qui relatait un camp de concentration.

C’est fort et la situation est certainement incomparable mais l’image était là dans ma tête, elle y est restée quasiment tout l’hiver.

L’hiver car la nuit tombe vite, et lorsque nous donnons le repas du soir il fait noir, la seule lumière qui éclaire le diner et une sorte de mirador qui surplombe la place et qui lorsqu’il fonctionne laisse diffuser une lumière orangée, chaude pour les photographies mais inaccoutumée lorsqu’on s’y active.

Puis petit à petit, j’ai appris à apprécier l’endroit. Il nous permet de nous retrouver pour une heure sans être dérangés et harcelés par les forces de l’ordre.

Un moment de relâchement des aguets pour les migrants qui peuvent souffler et se « reposer ».

La distrib’ nous offre un endroit de retrouvailles, de fêtes, d’échanges, de joie dans les bons moments.

L'après distrib'

Elle a été affrétée par la mairie en octobre pour que les associations puissent mettre en place leur activité humanitaire.

Mais l’agencement du lieu nous interroge sur l’éventuel souhait de cacher cette réalité, cette misère quotidienne.

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