Pourquoi ce blog ?

Portrait fait par les Afghans.

Portrait fait par les Afghans.

Ce blog, j’y pense depuis des mois. Mais le temps a tellement défilé cet hiver que je ne pouvais le commencer.

Mais maintenant que j’ai quelques minutes pour moi, je saute sur l’occasion !

Impossible de savoir ce qu’il se passe à Calais et ne rien dire.

Bien sure que je ne changerai pas les choses, mais une personne informée en informe une autre et une autre et une autre.
Je suis partie pour la première fois en octobre et depuis j’alterne « petits boulots » et séjours sur Calais. On peut dire que la cause me prend aux trippes !

Bénévole à l’association Salam, j’ai découvert que la misère et que le non respect des droits de l’Homme existent aussi en France.

Pourquoi partir à l’autre bout du monde alors qu’il vient à nous.

Calais, est un sas de transit, des migrants viennent et continue leur chemin selon leur bonne étoile : 2jours, 1 semaine, 3 semaines, des mois..

Des cultures de tous pays, de tous continents émanent là sur ce morceau de territoire français et on les ignore, les laisses à l’abandon.

Des personnes, des ETRE HUMAINS, sont là en attente dans les conditions les plus indignes.
Les journées des bénévoles sont rythmées en premiers lieu par l’urgence humanitaire : subvenir aux besoins vitaux.

Nous donnons donc un petit déjeuner (Salam), un déjeuner (La belle Etoile/Auberge des migrants), un diner (Salam). Evidemment au préalable nous préparons les repas et tentons de faire du BON avec peu de moyen.

Cependant, une multitude de missions découlent des besoins des migrants dus à la situation sur place. Etre bénévole à temps plein permet une approche différente et surtout une liberté d’intervention.

Un large panel d’activités nous est offert et la routine est bannie de notre quotidien !!

Pendant mes séjours sur place, j’ai pu être : infirmière (chirurgien !), bucheron, travailleur social, médiateur, coiffeur, cuisinière, maçon, éboueur, professeur de français, traductrice, psychologue, « maman »..

Effectivement étant présents dans le quotidien des migrants, nous sommes sollicités pour toutes les difficultés rencontrées.

Un lien fort se créé avec ces personnes, qui n’ont rien mais nous donne tout.

Du thé dans un verre, dans un pot de confiture, dans une boite de conserve, dans n’importe quel récipient mais ce thé qu’il devrait garder pour eux, pour les longues nuits dans le froid il nous l’offre avec tant de générosité. Ce manteau lorsqu’à leur rencontre nous avons froid la nuit, ils nous le prêtent sans hésiter. Ce repas que nous leur tendons tous les soirs, ils le partageraient sans tourments même en seraient fières.

Chaque jour est un gain d’énergie et une richesse incroyable. Tous les moments que nous partageons sont simples et de ce fait vrais. Ils ne peuvent plus tricher, ils n’ont rien pas même une paire de chaussette qui leur appartient.

Les échanges, les relations que nous nouons sont riches.

Le seul point négatif à ces échanges qui me vient en tête est lorsque nous disons les incontournables « au revoir » et « Good Luck » du soir et que nous revoyons les personnes le lendemain matin.
Là c’est difficile car on sait que c’est une difficulté morale et un espoir qui s’affaiblit !

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Les associations.

SolidaritéLes associations font un travail considérable sur Calais, qu’elles aient pour buts l’aide humanitaire ou politique, elles jouent une fonction colossale dans le maintien de l’ordre public.

Nous pouvons même dire que lorsque l’Etat ferme les yeux devant la situation, les associations s’y substituent  pour pallier à ce déni d’intérêt.

En effet, en répondant aux besoins primaires des migrants elles servent de relai entre l’Etat et la population migrante.

En portant une aide humanitaire, les bénévoles créent un lien, une proximité qui permet à certains moments de baisser les tensions, les révoltes que ces personnes pourraient mettre en œuvre par moments de grand désarroi.

Par ras-le-bol général, lorsque la foule entière se sent insécurisée, déshumanisée, les bénévoles prennent de face la contrariété, la fatigue et la colère de ces hommes. La proximité intervient alors et sert de tampon, les bénévoles ouvrent un dialogue et apaise la situation.

Bien sûr ce n’est pas toujours, tout de suite certaines situations mettent du temps à s’atténuer et le dialogue peut être long avant d’être entendu.

Quel courage, quelle persévérance ont ces personnes qui depuis des années viennent quotidiennement ou hebdomadairement au contact des migrants.

Cette substitution du rôle de l’Etat est une lourde tache, les associations ne devraient pas avoir tant de responsabilités.

Quand leur TRAVAIL va–t-il enfin être reconnu, valorisé et surtout restitué à son administrateur légitime ?

Il n’est pas inutile de rappeler que L’Etat a l’engagement de protéger toutes personnes présentes sur son territoire et non de lui infliger des conditions de vie indignes.

En effet,  la France s’est ainsi engagée en ratifiant la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme notamment par l’Article 3 qui proclame que :

« Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. »

Elle a donc le devoir de les respecter et de les considérer en tant qu’Humain.

C’est en tant que tel que les associations œuvrent pour la considération  de l’autre, de l’être Humain.

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Les mineurs.

La situation de Calais est à dénoncer par l’absence totale de dignité accordée à l’autre.

Mais elle devient d’autant plus révoltante lorsque l’on sait que la moitié des personnes en attente du passage outre-manche est mineure.

En effet, des enfants sont envoyés par leur famille, leur village pour l’Angleterre.
Les raisons sont diverses, fuite du régime, peur des Talibans, besoin d’argent de la famille, perte des parents..

Tant de motivations à partir vers cette Europe qui  promet tant de réussite et de facilité de vivre.

Le constat est là, des centaines voir des milliers de mineurs sont en chemin, ils arrivent à Calais avec une grande pression familiale.

Passer vite en Angleterre pour réduire les frais du voyage, vite rembourser la dette faite à la communauté, à la mafia.

Les parents les appellent dans l’espoir de les entendre dire qu’ils y sont arrivés, qu’ils ont franchis la dernière frontière et quelle désolation quand l’enfant dit que non, qu’il n’y arrive pas, que c’est trop difficile, qu’il n’est encore qu’à Calais.

Les « après téléphone » sont des moments pénibles pour ces jeunes, ils sont découragés et se sentent encore plus seuls.

Ces mineurs, ces enfants ont entre 9 et 18 ans et sont ici, seuls ou avec des frères, cousins de routes. Ils évoluent dans un climat de crainte, de danger, parfois ils servent de petites mains pour la mafia.

La mafia calaisienne n’est pas si criminelle que ce que met en avant Monsieur Besson, ce n’est qu’une petite mafia qui s’occupe de maintenir l’ordre au sein de la communauté, de répondre aux exigences de la grande mafia elle bien au chaud au pays.

Les mineurs sont donc parfois récupérés par la mafia pour de petits « travaux » tels que faire passer de l’argent de lieux en lieux, orienter les autres sur les quais d’embarquements et ouvrir les camions pour installer leurs compatriotes en proie au passage outre mer..

Des petites mains utilisées car de par leur âge ils risquent moins que des adultes, utilisées mais aussi rémunérées. Et lorsque ces jeunes sont à Calais depuis des mois qu’ils n’ont plus d’argent ces tâches deviennent nécessaires à leur survie, à leur passage.

Une fois cet engrenage mis en route, le jeune est tenu en chantage, tenu à des obligations.

La vie quotidienne est une menace pour la vie de ces jeunes personnes, ils ont connus un voyage qui marquera à vie leur être.

Alors oui, la France octroie des droits aux mineurs isolés sur le territoire mais cela dans la seule condition où il veuille rester sur le continent.

Pourquoi ne pas s’adapter aux besoins de cette population particulière en créant des centres d’accueils de jour ou de nuit. Cela pour les jeunes voulant simplement transiter sur Calais. Nous pourrions ainsi les proteger de cet environnement hostile en évitant toutes les fugues et toutes les dépenses inutiles que le Conseil Général met en place dans leur accompagnement non souhaité par ces derniers.

Sinon en réalisant des centres adaptés, tels que des maisons d’enfants spécialisées pour les mineurs primo-arrivant en coopération avec des professionnels compétents où un travail sur l’installation en France pourrait être amorcé.

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Les interventions policières.

Les forces policières ont un rôle, celui d’arrêter les personnes en situation irrégulière, faites ! Mais dans des conditions dignes et de respect s’il vous plait.

Pourquoi insulter, frapper, bafouer l’autre.

Les grands cowboys venus de la France entière viennent prouver leur virilité et leur supériorité sur des personnes affaiblies, traumatisées et déjà bien terrifiées par tout ce qu’elles ont vécu pendant leur long voyage. Pourquoi répondre à leur arrivée par la même violence et le même manque d’humanité?

Si elles fuient, arrivent jusque ici par tant de péripéties, c’est parce qu’elles n’ont pas le choix. L’abandon de leur famille, de leur bien, de leur vie est un passage éprouvant qui les marqueront surement à vie.

Les CRS sont en chasse à l’homme, ils traquent le migrant jour et nuit.

Combien de matins, des enfants, des adultes arrivent avec des hématomes, des contusions osseuses tout simplement parce que « police mushkil », « police problème » cette nuit..

Les insultes, les mauvais traitements, les coups de matraques fusent sous le sourire presque jouissif de ce policier ou CRS en mission.

Ce ne sont pas des mots en l’air, des mots inscrits sans preuves, malheureusement ils sont le fruit de témoignages, de scènes vécues cet automne et cet hiver.

Tellement insurgés par de tels faits, nous passions nos nuits à surveiller les interventions policières.

Dormir alors que l’on sait que des enfants ou des jeunes adultes sont là dehors est déjà difficile, mais dormir alors que l’on sait que le lendemain matin ces mêmes personnes nous rapporteront des actes  méprisables.

Des exemples à foisons tous les bénévoles en auraient à rapporter, tous ont assisté impuissants à des arrestations abusives, ont eu des témoignages de la part des migrants.

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Force de caractère.

Dès mon premier contact avec les migrants, la chose qui m’a le plus frappée est leur force de vivre. Une joie de vivre cachant assurément une profonde tristesse, définit ces hommes.

Les sourires, les blagues, les divertissements en tout genre sont rois aux distributions.

C’est une caractéristique remarquable, je ne me serai jamais imaginée voir des jeunes en si profonde détresse avoir une rage de vaincre, une rage de vivre.

Elément qui s’avère en fait tout à fait explicable et compréhensible, après avoir vécu tant de choses si près du but ces personnes ont besoin de cette force pour continuer, pour y arriver, pour survivre à tout ce que l’Etat met en place pour les décourager et pour les stopper dans leur chemin. Cet espoir de l’Angleterre, de l’Eldorado, d’une nouvelle vie est indispensable pour passer de l’autre coté.

Les moments de fêtes, d’évasion sont par conséquent toujours propices à un réveil des peuples.

Un rien, deux poubelles, quelque boites de conserve, un feu et la musique, la danse et le chant ravivent l’humain. Ils revivent, retrouve leur identité et redeviennent des hommes. Ce qu’on leur défend quotidiennement.

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Les conditions de vie .

Être migrant à Calais est un délit, le quotidien se déroule donc dans l’illégalité.

Aucun droit n’est reconnu, à part peut-être celui d’être malade et encore ce dernier dépendra du médecin urgentiste sur qui la personne va « tomber ».

Les journées sont donc rythmées par l’errance, la répression policière induit à des déplacements incessants des individus.

Un regroupement, ou une halte dans un endroit aboutit inlassablement à une intervention des forces de l’ordre.

De ce fait, les personnes errent dans les rues, dans les parcs, sous les ponts. Jour ET nuit.

Parfois ils trouvent des squats, certains sont connus de la mairie et des forces policières.

Les hazaras, les égyptiens et les africains ont cette « chance ».

Pour les hazaras leur squat est plutôt une petite cabane en bois au milieu des dunes, elle est constamment détruite.

Les deux autres sont eux visités fréquemment, les hébergés sont conduits au poste de police et leurs affaires saccagées.
Les bénévoles et militants essaient alors de les aider à reconstruire et à se réorganiser à un minimum de confort ! Couvertures, tentes, bâches, bois, clous, marteaux, nécessaire de cuisine (casseroles, marmites, couteaux) sont récupérés et redistribués.

Pour les Afghans Pashtos/ Farsis la vie est plus difficile.

Phénomène surement dû au fait qu’ils soient beaucoup plus nombreux que toutes les autres ethnies, leur installation en squat est repérée tout de suite et ne perdure pas dans le temps.

Ils sont eux voués aux rues, anciens chemins de fer, dunes.

Pour la nuit, il est tout de même important de signaler que l’hiver un ancien gymnase peut être alloué aux associations pour accueillir les migrants de nuit.

Si le plan « grand froid » est activé par le Préfet, les associations disposent donc de cette salle pour héberger de nuit environs 150 migrants.

Le plan « grand froid » est activé lorsque la température descend en dessous de -2°C la nuit et ne redevient pas positive la journée.

Les conditions de vie sont vraiment éprouvantes et indignes pour cette population, dans une France qui prône les droits de l’homme et qui critique les conditions d’accueil des étrangers dans les pays voisins.

A chacune de mes excursions à Calais, monte en moi une colère et un sentiment de révolte contre ce pays qui depuis le début de ma scolarité m’enseigne et m’éduque à la fraternité, à l’humanisme, à la solidarité.

A quoi bon ?

Si ce n’est pour plus tard, me prouver que cette belle France, crache sur des personnes en grande précarité en grande fragilité.

Des enfants de 10 ans dorment dehors à -1°C car il ne fait pas assez froid pour ouvrir le gymnase, ou bien car il pleut averse et que ce n’est pas « mortel ».
Comment peut on laisser des gens survivre dans de telles conditions dans un pays dit développé, dit civilisé.

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Les migrants, qui sont –ils ?

Des personnes, majoritairement des hommes adultes, mineurs venant du bout du monde.

De tous horizons, de toutes nationalités. Avec quasiment pour tous le même but : arriver en destination de l’Angleterre.

Ce même espoir les unis.

Ils sont en ce moment un peu répartis sur toute la côte, les répressions incessantes de la police les ont fait fuir. Les ont éloignés de Calais. Un point de marqué pour le gouvernement.

Certes point marqué pour la ville de Calais, où le nombre diminue. Seulement, ils sont toujours là, juste un peu moins concentrés au même endroit.

L’ethnie largement représentée est afghane notamment pachtoune, puis de même des migrants du continent asiatique, tels que pakistanais, iraniens, irakiens ; Il y a ensuite des migrants du continent Africain : Erythréens, Soudanais, Somaliens, Éthiopiens, Égyptiens.

Le migrant calaisien n’a donc pas un seul visage. Il a des spécificités, une culture, un exil particulier.

Ce qui peut parfois compliquer la gestion de la cohabitation de multiples ethnies pour les associations intervenant sur le terrain. Il faut prendre en compte chaque singularité pour éviter conflits entre les cultures.

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