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Délit de solidarité, délit de citoyenneté : et alors ?

Calais où la politique d’immigration excelle, puisqu’en quelque sorte la ville cible de notre gouvernement.

Cible du fait qu’elle soit rappelons le : le lieu de transit d’espoir de milliers de personnes chaque année.

Des compagnies CRS sont spécialement affrétées pour l’occasion, ainsi que de nombreux dispositifs.

La législation, elle-même se modifie et punit par l’article 622-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de cinq ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, « toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d’un étranger en France ».

Ainsi si on en traduit la volonté de l’Etat : l’aide des personnes bienveillantes limitée, les migrants sont ignorés et mieux voués à eux même.

Cependant, quelques associations humanitaires militent et œuvrent contre ce manquement d’humanisme infligé à des êtres humains venus du monde entier dans des conditions que l’on sait épouvantables.

Ce délit de solidarité nous est tous les jours rappelé par les forces de l’ordre, lors des contrôles de nos papiers où nous devons justifier de ce que nous faisons, d’où nous allons.

De jour comme de nuit, nous sommes arrêtés, contrôlés et moralisés.

République française

République française

La nuit les contrôles s’intensifient : toujours avoir sa carte d’identité devient un crédo et ne pas répondre aux mesquineries, aux provocations est indispensable.
En effet, les policiers, CRS, n’attendent qu’une chose : cet outrage qui leur permettrait la garde à vue, l’argument pour nous punir pour outrage à agent public.

Non, nous ne nous abaissons pas à répondre malgré que ce soit souvent difficile et que l’on aimerait dire à cette personne en face de nous qu’elle nous dégoute et que l’on déteste ce qu’elle est.

Les occasions ne manquent pas, les contrôles abusifs, ainsi que les humiliations ou moqueries, que nous par contre avons le DROIT de recevoir..

Exemples faciles :

–         Une journée 4 contrôles d’identité dans le centre ville en simple piétonne seule, deux la nuit en voiture.

–         Deux personnes contrôlées sur peut-être une centaine de personnes à l’entrée d’un colloque public sur l’immigration.

–         Railleries une nuit lorsque nous ramassions dans la boue des couvertures au milieu d’une cinquantaine de CRS  glorieux dans leurs costumes de Robocops. Les blagues vaseuses et moqueries de tous genres fusaient autour de nous. Sans dire mots nous amassions ces couvertures que nous voulions rendre aux propriétaires. Jusqu’aux mots de trop d’un de ces salariés de l’Etat qui me demanda si j’étais majoré la nuit. D’un trait je répliquais que non seulement je n’étais pas majorée mais qu’en plus je n’aurais pas de relève le lendemain matin a 8heures pour distribuer le thé, mais qu’il ne fallait pas qu’il se fasse de soucis, je serais à l’heure et les jours suivant aussi. Ceci me valu une remontrance et un rappel de l’article 433-5 du Code pénal sur l’outrage à agent !

–         Ces insultes que l’on reçoit pour être en compagnie de migrants, ces insinuations de « pédophilie » pour être assise a côté de mineurs qu’ils ont surement battus la veille avec leurs bienfaisantes matraques. Etcetera..

Le délit de solidarité peut évidemment être prononcé pour « faute » beaucoup plus grave que la simple balade en compagnie des migrants.
Mais il est la pression quotidienne de la police envers nous, bénévoles qui devenons aux yeux de l’Etat des délinquants de la solidarité.

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Nos bons moments !

Autour d'un feu

Depuis le début du blog,  je ne parle que des mauvais cotés, je critique beaucoup le gouvernement parce qu’il le mérite,  je blâme les forces de l’ordre, met en avant cette misère quotidienne.

Mais il y a aussi tous les bons cotés, toute la richesse qui ressort de l’investissement d’un bénévole auprès des migrants, auprès des exilés.
Il y a toutes ces circonstances où l’on rigole, partage, échange, se dévoile, écoute, se confie, fais confiance.

Des petits moments tout simples et tout bêtes, deviennent des moments extraordinaires.

S’assoir avec l’autre sur un bout de carton, dans la boue, sur l’herbe mouillée, sur un banc, sur une chaise, dans un hôpital, à la préfecture.. Tant d’endroits propices à l’ECHANGE.

L’échange, de culture, de savoir, de tradition, de langage, de valeurs, d’idées..

Ces instants là sont en or ! Boostent les jours où le moral est en baisse parce qu’on se demande si finalement on ne « pisse pas dans un violon ».

Ce sont des petits cadeaux qui nous confortent dans notre bataille quotidienne avec les forces de l’ordre, avec les autres, avec ses amis et avec sa famille.

Tout le monde n’est pas forcément d’accord avec ce que font les bénévoles, ces personnes sont sans cesse là pour vous décourager, vous démotiver.

Pas plus tard que la semaine dernière, à l’hôpital un homme d’une cinquantaine d’années m’a insulté et a fait un long discours sur les étrangers parce que j’attendais dans la salle d’attente depuis 4heures avec 3 jeunes bonhommes.

Ces personnes là ne sont pas raisonnables, dans le sens où elles n’écoutent pas les arguments que l’on peut amener.

Bien sur que je comprends, le point de vue de certains Calaisiens qui en ont marre. Que la situation dépasse, qu’il n’y voit pas de solutions et qu’ils ne veulent plus « ça chez eux ».

Ensuite ces amis, qui nous disent que « c’est bien et quel courage vous avez de faire ce que vous faites mais faut être réaliste ce n’est pas trois bénévoles qui résoudront la situation et nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde en France. »

Après des heures de discours du même style, on se sens plus fort par moments puis à d’autres quand on ne voit pas le bout on se décourage un peu, et là ces moments magiques avec les jeunes, avec les adultes font que tout reprend un sens.

Qu’on est là et ce n’est pas pour rien, c’est parce que l’autre, celui qui aurait pu être notre voisin, notre cousin, notre frère s’il était né dans notre pays, et bien cet autre est là dans la rue à vivre des choses qui ne devraient plus exister aujourd’hui.

Ce n’est pas par pitié ou charité qu’il faut être là, mais par solidarité.
Alors moi, tous ces moments je les aime.

Les parties de foot, de volley, de cricket où je suis la plus mauvaise et où on rigole et chahute.

Les concerts improvisés, les représentations de danse à la lueur d’un feu où ils s’animent comme jamais, où le bonheur les envahit, oui ces instants là me rendent heureuse.

Les soirées dans les squats à discuter de tout de rien, des histoires de chacun, de leur vie d’avant, de leur famille, de ce qu’ils ont perdu, de ce qu’ils fuient, de religions, de cuisine, de cours d’arabe, d’afghan, de dialectes en tout genre.

Et le meilleur des moments et celui où on reçoit un message ou un appel disant :

"This is GOOD" dixit Macaroni alias Lalarjan

« Amandine, j’y suis, je suis en ANGLETERRE »

Je ne suis pas sensible, mais ce moment là me met presque toujours les larmes aux yeux et me dit que oui c’est possible que tous les autres pourront y arriver.

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